La palette de Pierre

La palette de Pierre

PARCOURS


CV ou " Choix de Vie " 3ème partie

 

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CV ou Choix de Vie n°3

 

 

RIVIÈRE D’ESPOIR

 

 

Une fois divorcé d’avec la rue Bonaparte et son école[1], je pris possession de ma cellule à Vincennes. Dans les terres du château, ancienne forteresse royale, se dressait en effet, de superbes préfabriquées qui auraient coupé toute envie au divin marquis (Sade était au programme de l’U.E.R. de Philosophie/Psychanalyse).

 

Ce C.U.E.V.[2] était vraiment expérimental. Déjà par son isolement, son accès aux étudiants salariés bénéficiant de cours presque nocturnes et par la qualité de ses enseignants : Michel Foucault, Gilles Deleuze, François Chatelet, René Schérer, Marie-José Baudinet, Franck Popper, Hélène Sixous et tant d’autres. Il l’était aussi par la débauche d’A.G., de settings improvisés sur les pelouses, de cafeteria occupée, de crèche autogérée (par les enfants ?), d’homos bien avant l’heure avec le Front Homosexuel pour une Armée Révolutionnaire (FHAR), sans oublier les figures hautes en couleur comme le fameux Mouna Aguigui (de la plage sous les pavés rue Gay Lussac en 68), et V. Keukdjian (Directeur des cahiers communistes révolutionnaires) qui avait son étal attitré pour diffuser la presse de Mao. Mais c’était ma fac, mon nouvel univers, et pas seulement mon rivage, ma Dordogne plutôt, comme dans le feuilleton TV d’A2 des années 90.

 

Alors, comme l’eau du torrent devenu fleuve, j’ai suivi le cours de la rivière enrichie des multiples affluents de la vie. Mon radeau fila au gré des U.V.[3] de philo et d’arts plastiques notamment en études cinématographiques à Vincennes mais aussi à Tolbiac et Parsi 1 Panthéon-sorbonne. Les cordages se firent plus précis avec une licence puis une maîtrise de philo ainsi qu’une licence d’arts plastiques.

 

Et les « Maîtres de bateau » me faisant confiance m’offrirent de barrer la gabare en assurant des U.V. comme Chargé de cours (philo et arts plastiques). Parallèlement, j’étoffai mon maigre pécule et déjà ma corpulence, en donnant la main aux riverains (petits boulots de vendeur, surveillant, animateur, moniteur, directeur de colos, formateur).

 

Mais la rivière a ceci de terrible qu’elle force le destin. « L’eau coule paisible là où le courant est profond » (W. Shakespeare). Confronté à certains rapides de la vie, j’arrêtai tout : fac, doctorat, Capes… Les élèves de quatre C.E.S. du Val-de-Marne me tendirent alors leurs gaffes pour ramer avec eux comme maître auxiliaire en dessin et T.M.E.[4] : pas triste ! E la nave va…

 

Un peu plus avant, dans son plus beau parcours, la Dordogne longe les falaises de Gluges. Et c’est à Roc-del-Port, propriété de l’A.P.A.S.[5] que je fis affaire. Le commerce social florissant de cette association née en 1946 au service des travailleurs du BTP me convenant, je topai là pour de nouvelles aventures. Après tout, j’aurais bien le temps de peindre pendant les congés. Mais non, car j’allai m’occuper des vacances des autres et ce, durant quasiment toute ma vie professionnelle… Ah, j’oubliais : j’avais tiré le mauvais numéro et la marine royale m’attendait pour de longs mois ; enfin, les hussards parachutistes de Tarbes…

 

La rivière devenue fleuve a rejoint la mer. Mon parcours en amont et en aval a consisté à servir des dizaines de milliers d’enfants avec la force tranquille de l’onde qui coule d’assurance mais qui n’est jamais la même et révèle parfois d’âpres surprises.

 

Maintenant que mes gabares (j’ai changé de postes) sont à quai, que mes enfants et petits enfants ont pris la relève, je me retourne vers mes pinceaux du début pour peindre la rivière, désormais depuis ses rives et c’est un beau projet.

 

Pierre Barjonet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts (E.N.S.B.A.)

[2] Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, devenu ensuite Université de Paris VIII vincennes

[3] Unités de Valeur (il en fallait 30 pour une licence dont 16 en dominante)

[4] Travaux Manuels Educatifs

[5] Association Paritaire d’Action Sociale du Bâtiment et des Travaux Publics de la Région Parisienne(APAS-BTP)


25/05/2014
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CV ou "Choix de Vie" 2ème partie

Ma 1ère expo...

Elle avait le goût feutré des salons de la S.E.I.N. à Saint-Germain-des-Prés, en ces années 69/70. Hélios Ilo TRABUJO, mon mentor de l'époque m'avait jeté dans la fosse aux lions, moi qui voyait d'un oeil dubitatif les lambris dorés des galeries parisiennes. C'est égal, sans costume ni d'autre cravate que mes cheveux longs, j'irai affronter le quidam parisien qui bientôt reproduirait des bobo chineurs d'OOOeuvres fatales en guise de placement...

A l'époque, la couleur était réservée aux publications prestigieuses ; c'est donc en noir et blanc que vous tenterez d'imaginer deux de mes toiles. Enfin, une puisque je vous livre une photo couleur et que la troisième est un lavis (encre de chine)...

 

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Plus tard, bien plus tard, j'ai exercé comme membre du jury du Salon des artistes du B.T.P. avec l'A.P.A.S. mais c'est une autre histoire. Me reviennent en mémoire de belles réalisations de travailleurs du bâtiment mais aussi de stupides réflexions de bobos (décidément) qui détestent l'art figuratif...


21/05/2014
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CV ou "Choix de Vie" 1ère partie

Quelques mots sur mon parcours "artistique" qui s'est délayé dans mes activités professionnelles...

Très jeune, mes parents avaient remarqué mon goût pour "la chose artistique". Ils m'inscrivirent aux Beaux Arts de Versailles où je fis mes premières armes de 1966 à 1968 en me confrontant au dessin académique et déjà, avec dispense d'âge à 14 ans, aux modèles vivants (nus) qui ne faisaient pas rougir que mes pinceaux...

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Néanmoins, les cours étaient fort rigoureux et je me partageais (avec une belle mobylette, pardon : Mob bleue) entre le lycée de Saint-cloud, Bougival et Versailles. Aujourd'hui, l'on crierait au scandale de laisser un ado se déplacer ainsi mais, c'était avant ! Je m'exerçais aussi aux fresques, aux pastels et à la gravure (eaux fortes et pointe sèche) histoire de jouer la précision. Au fait, au lycée j'était nul en dessin, ou du moins considéré comme tel par un prof qui nous imposait de reproduire boîtes d'allumettes (à l'époque on n'était pas anti tabac) et autres poteries insipides...

beaux arts versailles Pierre-1.jpg  beaux arts versailles Pierre.jpg      J'étais chou à l'époque ??

 

Puis ce furent les Beaux-Arts de Paris, la mythique E.N.S.B.A. du Quai Malaquais (ou de la rue Bonaparte, au choix) et son concours d'entrée où là encore, fort jeune, je fis une entrée en fanfare, non pas avec la fameuse fanfare des 4 z'arts ni auprès de mes potes de la Grande Masse  //www.grandemasse.org mais avec une fort grande toile (100 Paysage = 162x114 cm) qu'il m'avait fallu attacher sur le toit d'un taxi depuis Bougival...

palette 11.jpg         beaux arts Paris Pierre.jpg

 

Mais la vague de 68 noya tout sur son passage et même les ateliers comme celui de  Chapelain-Midy subirent les assauts des flots furieux de la "révolution culturelle à la française". Ainsi, la "peinture sur chevalet" fut-elle bannie puis aussitôt remplacée par le pochoir, la ronéo et les tirages à plat d'affiches engagées.   

Cela étant Edgar Faure créa le C.U.E.V. (Centre Universitaire Expérimental de Vincennes) avec une Unité d'Enseignement et de Recherche d'Arts plastiques proposée pour la première fois en université et dirigée par Marie-José Baudinet.

Las pour mes pinceaux mais ravi de cette nouvelle opportunité, je les échangeai dès lors pour un cartable tout neuf d'étudiant romantique mais néanmoins déterminé.

fac CUEV-1.jpg  fac CUEV.jpg  fac CUEV-2.jpg

 

Alors, j'étais chou ? Notez bien que je n'avais pas encore de moustache ! (photos très rares)

à suivre...


21/05/2014
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